| S’il y avait la mer, ce serait le rivage des Syrtes.
Il n’y a rien au-delà de M’Hamid, sinon le sable
et le désert, et loin, quelque part, un Polisario qui a fait
ici une incursion d’une nuit en 1992. Mais depuis la police
surveille les quatre-quatre, et note scrupuleusement qui entre et
qui sort de cette zone frontière.
M’Hamid des gazelles (c’est la signification de ce
nom) est bien un poste-frontière face à la volcanique
Hamada du Guir
et à l’immensité du Sahara, au bout de la route.
Littéralement. Le goudron disparaît soudain sur la
place centrale, où une petite mosquée fait place à
quelques boutiques pour touristes, qui offrent randonnées,
excursions et souvenirs berbères. C’est la dernière
des oasis, l’endroit où l’oued Drâa
s’enfonce définitivement dans le sable pour atteindre
la côte atlantique après plus de 800 kms de trajet
souterrain.
En faisant abstraction de l’arrivée où l’on
passe devant quelques hôtels de luxe enfouis sous la palmeraie,
M’Hamid vous donnerait une bonne idée de ce qu’on
sans doute été Zagora
ou Ouarzazate
dans les années 30, quelques maisons de terre battues alignées
tant bien que mal le long de deux ou trois rues (juste ce qu’il
faut pour pouvoir se déclarer une ville). Des enfants qui
vous regardent curieusement, des hommes nonchalamment assis à
l’ombre d’un auvent, et dans cette inertie écrasée
de chaleur, quelques groupes de marcheurs, que l’on reconnaît
à leurs jambes nues, leur T-shirts blancs et leurs chèches
bleus.
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Avant de s’endormir doucement,
M’Hamid fut un grand centre caravanier, et on peut visiter
les ruines de son Ksar, qui rappellent sa splendeur passée.
Elle fut au XVI° siècle le point de départ d’Ahmed
El Mansour, lancé avec ses guerriers, se dromadaires et toute
sa tribu à la conquête de Tombouctou. Mais son implantation
est beaucoup plus ancienne, et remonte sans doute au temps où
le Sahara n’était pas encore un désert. En effet,
à proximité de M’Hamid se trouve une des plus
anciennes nécropoles proto-historiques d’Afrique du
Nord, Foum-Rjani. Accessible seulement par la pistes, ses milliers
de sépultures, sous tumuli, valent le détour.
Les guides touristiques le disent pudiquement, « il y a peu
de distractions à M’hamid ». Très clairement,
il n’y a rien à faire, sauf errer un peu dans ces presque-rues,
et profiter de ce rien, cette ambiance « Café de la
Plage » de Franck, de cette ambiance de western-spaghetti
après le clap de fin. |
| De M’hamid, on peut atteindre les dunes de
Chigaga.
Parmi les plus belles dunes sahariennes du Maroc, parmi les plu
sauvages. Et beaucoup moins fréquentées que celles
de Merzouga. Mais il y a une bonne raison pour cela…. on ne
peut les atteindre qu’en 4*4, après une demi-heure
à trois quart d’heure de trajet.
Si vous n’avez pas de 4*4 abandonnez l’idée de
faire un transfert à partir de M’hamid, les prix sont
exorbitants (pour continuer l’allégorie avec le Far
West, le louer de 4*4 à M’hamid, c’est un peu
comme le dernier vendeur de pioche lors de la ruée sur l’or).
Il y a aussi quelques dunes avant d’arriver à M’hamid,
mais, malgré leur taille relativement haute, les dunes de
Tinfou restent un monticule isolé dans une plaine aride et
caillouteuse.

M’hamid est un monde à part au Maroc,
et les gens de M’hamid sont connus pour leur indépendance.
Population d’origine arabe en pleine terre berbère,
ils sont dit-on assez superficiellement islamisé, et bien
récemment soumis au pouvoir central. La plupart des «
hommes bleus » qu’on y croise sont les acteurs d’un
village Potemkine monté pour les touristes. On vient à
M’hamid pour y travailler, pour y faire de l’argent,
bénéficier des franchises fiscales, et on retourne
ensuite vivre en famille à Zagora. Mais en prenant le temps
d’aller au-delà des apparences et des rencontres orchestrées
d’un tourisme facile, on retrouvera dans les yeux ardents
des enfants des rues adjacentes, dans les voiles sombres des femmes
Aït Atta et ceux colorés des Saharaouies, les fantômes
des anciennes caravanes.
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