La ville ocre, la ville
rouge a été fondée il y a près de mille
ans, en 1062 exactement, par l’almoravide Abou Bekr, qui en
bâtit le premier palais et la première mosquée,
près d’une source au pied de la colline du Guéliz.
C’est le début d’une histoire pleine de rebondissements
d’une ville qui sera plusieurs fois capitale, plusieurs fois
abandonnée, restaurée, redynamisée.
Elle est Marrakouch, le pays des fils
du Kouch, autrement dit le domaine des guerriers noirs Africains
venus de Mauritanie soutenir les souverains almoravides. Elle est
la plus berbère et la plus africaine des cités impériales,
la plus cosmopolite aussi, et pendant longtemps la plus riche. Dans
ses pierres on trouve mille ans d’histoire, des restes des
premières splendeurs almoravides (comme le Minbar de la Koutoubia)
à l’architecture rectiligne et moderne de la villa
Majorelle. |
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Rappelé aux frontières, Abou Bekr
confie sa nouvelle cité à son cousin, Youssef Ben
Tachfine. Le sultan embellit sa ville grâce aux butins des
conquêtes, et notamment les richesses ramenées d’Espagne
par les sultans andalous. Il meurt presque centenaire en 1066 et
son fils, Ali Ben Youssef Ben Tachfine continue son œuvre.
Mais des merveilles de la capitale d’un état qui s’étendait
de l’Atlantique au Tafilalet et jusqu’à Alger
ne reste presque rien, quelques murailles, la koubba el-Ba’Adyine.
En effet, les almohades, sous la conduite d’Abd El Moumen
la détruisent totalement en 1147. Une fois les almoravides
renversés, il reconstruisent la ville, essentiellement avec
des artisans andalous. De cette époque datent des monuments
comme la Koutoubia, des jardins comme ceux de l’Agdal et de
la Menara.
A la chute de cette dynastie, en 1269, Marrakech est
abandonnée au profit de Fès, pour trois siècles
troublés. Les Saadiens, qui la rétablissent comme
capitale, avaient trouvé en 1522 une ville dépeuplée
par la famine, appauvrie, en ruines. |
Nouvelles reconstructions, nouvel essor, en partie grâce à
l’or des Portugais, après leur défaite à
la bataille des Trois Rois (4 août 1578), mais surtout l’or
d’Afrique, ramené de Tombouctou par les grandes caravanes
sahariennes. A la fin du XVI° siècle, Marrakech atteint
son apogée, avec plus de 60.000 habitants, un important mellah,
et l’affluence des Européens, diplomates et commerçants.
Mais les Saadiens perdent le pouvoir, Marrakech son
statut de capitale au profit de Fès, et les luttes intestines,
l’insécurité montante font replonger Marrakech
dans l’obscurité. Moulay Ismaïl s’attache
à détruire toute trace de la dynastie précédente.
C’est ainsi que les tombeaux Saadiens sont emmurés,
et ne seront retrouvés que par hasard, à l’occasion
d’un survol en avion, au début du XX° siècle.
A la fin du XVIII° Mohammed III restaure à nouveau la
ville, replante les jardins.
Sous le protectorat, l’insoumission gagne Marrakech
qui devient un point d’appui des Sahariens en dissidence,
comme par exemple, El Hiba. Le protectorat développe d’autres
villes, mais s’appuie aussi sur les derniers pachas du Maroc,
les Glaouis, qui durent définitivement quitter Marrakech
après l’indépendance. La ville nouvelle est
construite. |
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| C’est aujourd’hui un centre
touristique, en activité toute l’année, qui
offre des possibilités multiples, du grand luxe de la Mamounia,
le seul palace d’Afrique du Nord, à celui des ryads
de la médina, à des hébergements plus modestes,
du calme des jardins Majorelle à la vrombisante multitude
de la place Jemaa F’na, des multiples visites de monuments
à des parcours de golfes, des lumières de la nuit
marrakchie aux excursions dans les vallées de l’Atlas
toutes proches. |
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La Koutoubia,
dont le minaret de 77 mètres est visible a des kilomètres,
a été construite par les Almohades à la fin
du XII° siècle, comme ses jumelles, la Tour Hassan à
Rabat et la Giralda à Séville. Exemple classique d’architecture
hispano-mauresque, elle est coiffée de quatre boules dorées
de taille décroissante, qui symboliseraient le soleil, la
lune et les étoiles. Ses pierres roses sont sobrement décorées
de motifs floraux andalous. Elle tire son nom d’un ancien
marché aux libre (Koutoub) qui se tenait à ses pieds,
et a aujourd’hui disparu. On voit aux pieds de la Koutoubia
les traces d’une ancienne mosquée, détruite
parce que son orientation vers la Mecque était erronée,
ainsi qu’une koubba blanche, le tombeau de Lalla Zohra, fille
d’un esclave libéré, dont la légende
dit qu’elle était femme le jour et colombe la nuit.
Comme quasiment tous les monuments religieux, la mosquée
et la medersa (école coranique) sont interdites aux non musulmans. |
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La place Jemaa Fna,
de formes irrégulière, est classée patrimoine
immatériel de l’Humanité par l’Unesco.
Autrefois lieu des exécutions en place publique, elle est
le point de rendez-vous de tous les petits marchands, diseurs de
bonne aventure, charmeurs de serpents, musiciens, chanteurs, acrobates,
poseurs de henné, gnaouas, marchands d’eau, montreurs
de singe du Maroc. On y trouve de nombreux vendeurs de jus d’orange,
des étals où l’on peut manger des grillades,
des escargots, mais toute cette effervescence n’est pas artificielle,
où réservée aux seuls touristes, il suffit
pour s’en convaincre de passer devant l’auditoire de
deux acteurs dont les blagues lancées dans le plus pur dialecte
marocaine sont incompréhensibles par tout autre qu’un
Marrakchi.
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Récemment repavée, et interdite aux
voiture, la place Jemaa Fna se savoure deux fois, de jour et de
nuit. C’est une des entrées de la médina. On
peut aussi profiter des terrasses panoramiques de ses différents
cafés pour admirer tranquillement le spectacle.A défaut
d’avoir le temps de parcourir la médina, il faut au
moins faire le tour des remparts, et admirer les énormes
portes, de styles différents, qui servent de repère
pour s’orienter dans la médina.
Bab Doukkala s’ouvrait
près du territoire des lépreux, on dit que les vantaux
de Bab El-Khemis viennent d’Andalousie,
Bab ed-Debbagh donne accès
au quartier des tanneurs, Bab Aylen,
qui arrêta les Almohades en 1129, Bab
Aghmat par où passèrent finalement les mêmes
Almohades en 1147, après un long siège et une famine,
et où se dresse la zaouïa de Sidi Youssef Ben Ali, un
des sept saints de Marrakech, Bab Ahmar,
la porte rouge, derrière le plus grand cimetière de
Marrakech, c’est la porte qui est utilisée par les
sultans pour se rendre dans leur palais (quand le roi n’est
pas à Marrakech, on peut l’utiliser pour accéder
au méchouar (place d’armes) qui jouxte le Dar El-Makhzen,
le palais royal, et conduit aux jardins de l’Agdal, Bab
Ighli, au fond du grand méchouar, puis Bab
Ksiba et Bab er-Rob (la
porte aux raisons), une défense almohade qui conduisait à
la kasbah fortifiée, et unique point de passage du «
jus épaissi de raison » (une sorte de vin cuit) dont
Yacoub el-Mansour sohaitait contrôler le traffic, en partie
murée elle abrite aujourd’hui un magasin de poteries,
Bab ech-Charia, élevée
par les Almoravides, puis dans l’alignement de la Menara,
Bab el-Jedid, la porte neuve,
la très imposante Bab Agnaou,
la porte du bélier sans cornes, l’une des plus belles
de la kasbah, qui doit son nom aux deux tours qui flanquaient son
entrée coudée, pour arrêter les éventuels
assaillants, édifiée par Abd el-Moumen en même
temps que la Koutoubia, avec des pierres ramenées d’Andalousie
; c’était l’entrée principale de la ville,
où était exposées les têtes des condamnés
à mort. |
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La Mamounia, construite en
1923 et entièrement réaménagée en 1986
est un de ces palaces mythiques dont le nom seul fait rêver.
A condition d’être correctement vêtu, il est parfaitement
possible de profiter de son jardin, un superbe parc de 13 hectares
créé par les Saadiens, planté de figuiers,
d’orangers, d’hibiscus…..
L’Agdal fut aménagé
au XII° siècle par les Almoravides, pour fuir la chaleur
du désert. Ils plantèrent des centaines de figuiers,
abricotiers, oliviers et orangers, et creusèrent des canaux
d’irrigation toujours utilisés aujourd’hui. Les
jardins furent plusieurs fois agrandis, par les Saadiens, et définitivement
réaménagé au siècle dernier. On y trouve
deux bassins dont le plus grand date de l’époque almohade,
un palais saadien en ruine Dar El-Hana, et un kiosque à colonnes
richement décoré. |
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Les Jardins Majorelle
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La Menara se trouve au bout
d’une large avenue de 2 Kms à partir de Bab el-Jedid,
c’est un petit pavillon saadien totalement remanié
au siècle dernier, une sortie de folie du XVIII° à
la mode marocaine, qui se reflète dans l’eau d’un
immense bassin construit par un sultan almohade pour apprendre à
ses soldats venus du désert à nager, avant de les
envoyer traverser le détroit de Gibraltar et conquérir
l’Espagne. Le parc planté d’oliviers accueille
des spectacles le soir.
La Villa Majorelle se trouve
au nord-est du Guéliz dans une petite rue donnant sur l’avenue
Yacoub el-Mansour. Elle fut créée dans les années
1920 par le peintre Jacques Majorelle, fils de Louis Majorelle (une
des figures de l’école de Nancy), qui s’installa
au Maroc jusqu’à sa mort dans les années 1960.
Il construisit une villa moderne, cubiste, peinte d’un bleu
vif, et entourée d’un merveilleux jardin abritant sa
collection botanique, cactus, palmiers, bougainvillées, cocotiers,
bananiers, bambous… La villa, laissée quelques temps
à l’abandon, a été rachetée et
restaurée par Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé.
Les jardins se visitent, comme l’atelier qui abrite aujourd’hui
un musée d’art islamique présentant notamment
de beaux tapis. |
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